mercredi 30 mars 2016

Atelier d'écriture du 29 mars 2016 : les collages




 
 



 



















 
 
 
 
 

 
 

mercredi 25 novembre 2015



Mardi 24 novembre 2014 

 Croisement par un narrateur entre une personne en terrasse qui lit et la lettre qui lui a été adressée. Lui est sur la terrasse à lire la lettre de son aimée qui lui donne l’illusion de sa présence à ses côtés ; lui voudrait s’attarder sur cette terrasse mais, aux termes de sa lettre, elle veut rentrer au foyer, d’ailleurs elle est d’un bon conseil car il voit tout en rouge, rouge de sang comme une prémonition du drame sanglant qui va s’abattre en ce lieu où ils ne seront plus au moment fatal.


Nous devons vivre chaque jour comme si c’était le dernier et puis au dernier jour cela se vérifie. Gorgé de torpeur dans la touffeur inquiétante de novembre, il se dirige en automate vers un jus de tomate aux aromates, à la terrasse de la "Dernière chance". Puis, vient son espérance (1) en robe d’indienne, elle a mis le feu à sa mémoire et il sombre dans l’oubli des bras tendus de son amour. L’air est pur et le ciel translucide, il fait un temps à ne pas mourir, un temps contre-nature qui met même du printemps incongru  aux sculptures, d’où s’élance un rossignol poussant son si bémol. Le spectacle est dans la ville où l’onde de tiédeur porte les émotions bien mieux que les salves électriques d’un groupe de « Hard Metal» et son concert délirant dans un sous-sol aux fauteuils rouges d’un gala parisien. Lui est empressé et, au fil des mots de la lettre lentement déchiffrée, il accroche de mémoire un coquelicot rouge sang au corsage décolleté d'elle ou prend, de ses dents, le bleuet sur la bouche de sa dulcinée, mais sans jamais penser que la belle puisse s’envoler et le laisser seul à friper la rose non offerte, afin de remplir son temps d’attente et de solitude, qui lui mettrait des plis d’amertume aux commissures des lèvres. Elle, l’épistolaire, elle ploie sous le poids du sommeil et troquerait bien la terrasse pour la chaleur du nid qui potentialiserait leurs énergies réunies de leurs deux corps resserrés ! Lui, il voit tout de la couleur du sang, le soleil qui se noie dans son sang qui se fige, le rubis du jus de tomate comme un sang caillé, le rouge aux lèvres et aux doigts de son espérance et, enfin ce sang rouge qu’il devine palpiter à leurs tempes battantes. Mais il ne peut s’arracher à la scène des pigeons qui chipent des miettes à la barbe des consommateurs, non plus au garçon de café qui virevolte entre les tables en portant haut le plateau de verres de grenadine rouge, de ses mille bras de déesse Shiva de terrasse. On dirait que les gens ont brûlé leur maison et ne veulent plus rentrer, mais les roses rouges sentent bon dans le bon soir d’un  vendredi 13 novembre d’une douceur suspecte! Elle, elle veut rentrer et confondre toutes les croisées des chemins, toute vibrante de vie et, au tréfonds, en prise avec le pressentiment  d’une vraie mort plutôt que la petite mort qui engage la vie des humbles, déployant leurs sentiments et l'essor de leurs corps étonnés dans le petit lit du logis d'un moment, qui abrite pourtant leur force au revers de la modestie apparente.


Ils rejoignent le doux foyer et avant d’engager la clé, trois coups sont frappés à la porte par le hasard comme des dés roulant sur le damier de la vie. Oui, le destin mortel et inouï a fait sa ronde en ces terrasses qu’ils viennent de quitter, mais ils n’étaient plus là ; il faisait un temps à ne pas mourir, il faisait beau comme jamais !


(1)          Du moins par sa lettre qu’il décachète et lit.

samedi 27 juin 2015

LE BONNET DE BAIN

Dans ce petit village pas plus grand qu’un bâillement, la mer est là, toute proche avec ses vagues enchantées.
Évidences d’été, évidences tranquilles et trompeuses du jour.

Dans cet été suffocant, elle quitte ses habits de terre et se coule dans son maillot de bain couvert de fleurs.
Dans une obscure extravagance, elle veut jouer avec les dauphins qu’elle croit apercevoir au loin.
Elle rassemble ses longs cheveux roux dans un bonnet de bain jaune, lui aussi, couvert de fleurs.
Elle plonge et part à grandes brassées éclaboussées d’écume dans tout ce bleu qu’on ne peut enchaîner. Elle s’exagère toujours.
Dans un éblouissement elle a disparue. On ne voit plus que les reflets du soleil sur la mer.

Un parfum de désastre rode sur la plage.
Ce n’est que le lendemain que l’on repéra le bonnet de bain à fleurs. Avec la tête, évidemment. Mais…………….. le corps avait disparu.
Avec quel monstre a-t-elle voulu jouer ?

Étrangement un air d’extase sur son visage.

Claude

jeudi 11 juin 2015

Retour de plage

La photo est en noir et blanc Elle est collée dans l'album de famille, Celui à la couverture en tissu vert bouteille.Deux adolescents, de dos avancent sur un sentier sableux
bordé de pins, Lui, est torse nu une serviette de plage nouée autour des reins Elle, porte un maillot de bain une pièce bleu marine aux motifs de grandes fleurs blanches, Ses cheveux très courts sont couverts d'un bob blanc.
L'appareil photo les a surpris de dos, au retour de la plage. Lui, regarde ses pieds Elle, fixe un point au loin.
Elle n'a plus le corps d'un enfant
Pas encore celui d'une femme,
C'est son premier maillot de bain de jeune fille
Elle s'en souvient très bien
Elle a aimé ce vêtement
Avec lui, elle changeait de statut
Photo qui scelle un passage, une transition comme un sceau.

Christine Charlois, le 26 mai 2015

Cabines de plages

Alignées sagement sur le bord de sable, elles trônent fièrement blanches. De leur œil unique, elles ont veillé, regardé, surveillé l’océan, les cabanes de plage. Allait-il réellement partir ? Reviendrait-il ? Le cycle ne se rompit pas, nos vaillantes gardiennes veillaient.
Elles étaient arrivées là, ensembles, toutes d’un coup, une véritable invasion contrôlée. Un petit parapet de pierres délimitait leur périmètre terrestre. Elles provoquèrent l’ébahissement, la joie, le plaisir. Quelques esprits chagrins « c’était mieux avant » se récrièrent, le bruit du ressac couvrit leur mécontentement. Elles vécurent tous, tous les maux, tous les plaisirs, toutes les mesquineries, toutes les effusions des humains. Les modes leurs passèrent dessus, dedans ; les maillots en coton crocheté, lourds, humides, longs, qui les rafraichissaient, les salaient ; puis le synthétique, plus aérien, plus léger, plus collant et enfin la crise du textile, des morceaux épars de tissus qui devaient bien consister un tout, mais lequel ? Les couleurs varièrent aussi, ternes, colorées, pétantes, grises, bariolées, inidentifiables. Tout changeait, progressait, transmutait. La ville s’amplifiait, l’humain surexploitait nos demoiselles, plus de saison de repos, les bateaux enflaient, l’eau montait, l’Amoco Cadiz se répandait. Leur couleur stagnait, identique de la naissance à la vie d’adulte, quelques reprises les rajeunissaient. L’océan allait et venait, les grains de sables se chahutaient. Le phare les rendait à la nuit par intermittence.
Elles lorgnaient sur l’éternité nos cabines de plage.

Éric Thouvenot, le 26 mai 2015

La montagne

Tous les cinq accrochés, ils me tournent le dos
Narquois et moqueur, ils me regardent de haut
Brillant au centre, le Hachuré lâche « toi si filiforme
Tu ne rempliras jamais toutes mes formes »
A droite, le violet, voluptueusement, soupire :
«moi ce sont des hanches généreuses que j’aime embellir »
Le vert, rouge et bleu, réplique, l’air agacé
« quand on m’ajuste, je révèle toute la féminité »
Le jaune rouge et vert murmure … juste comme ça
« tu n’oseras quand même pas ? »
Dans son coin à l’écart, le dernier murmure : « la campagne ?
Ou non … peut être cet été choisi plutôt la montagne ! »

Vanessa Garnero, le 26 mai 2015

vendredi 29 mai 2015

La baigneuse absente

Absente et nue dans son habit de bain,
elle se révèle toute entière dans sa lumière…
Elle est femme… et son habit,
il est de couleurs, de fleurs et d'étés…
Son habit, elle aimait le faire vivre.
Elle aimait s'y installer et de là
elle méditait la mer, elle méditait le ciel.
Elle essayait de donner un nom aux transparences
et aux odeurs…
Un nom pour chaque vent,
un vent caresse ou cet autre, furie,
brulures du sud ou puissance de l'ouest,
souffle des matins et tiédeurs du soir…

Maintenant,
très loin, c'est son horizon,
très loin, elle dessine une ligne,
elle y vit le ciel en même temps que la mer,
elle se voit funambule,
elle marche et court jusqu'à son ile,
elle danse jusqu'à l'invisible…

Elle a vu disparaître l'astre de son jour,
elle espère les clartés de la nuit.

Benoît DECQUE

Où maintenant? Où?

Le peintre, ses couleurs, ses pinceaux, sa toile… blanche! … une interrogation… non pas "le comment peindre?" ça… il le sait et il le sait depuis longtemps… une interrogation, une vraie… "le quoi peindre?"… le sujet? il le sait aussi le sujet, il n'est pour lui qu'un prétexte, qu'importe le sujet… son travail, celui qu'il aime, disposer des couleurs sur la toile, toutes ces taches, ces surfaces, organiser ça… une lutte, peu importe le sujet, les unes les autres, les unes contre les autres, avec les autres… une vraie bagarre, le voilà dans cette bagarre, engagé, une couleur, pas de préméditation, l'instant, une autre couleur, pas de préalable, il sait qu'à partir de maintenant tout compte, sa toile, elle se remplit, une trace, une autre, courbes, courbes et contre-courbes, il commence un voyage, la destination? cette couleur… cette transparence… une surcharge, une forme, sa générosité, la contre-forme… une lumière maintenant, l'ombre la révèle… le fond… il ne l'oublie pas, n'oublie pas les limites… il en est où? le passage d'une surface à une autre?… maintenant il y a quelque chose qui palpite, une présence peut-être, un signe de vie… pourtant rien n'est en place, rien n'est dit… absence… absence pour une présence… le peintre, un pas, un recul… la femme n'est pas là, elle est là et il s'en étonne, cet habit, tout en couleur, cet habit, tout en été, cet habit, il est de bain, il est comme une mue, une peau qui dit la femme, cet habit… il est là silencieux et il est un rire, cet habit… il est là immobile et il est une danse, il est là et il dit la vie, il dit la baigneuse et il dit la femme… le peintre, ses couleurs, ses pinceaux, sa toile… il s'interroge… baigneuse? oui baigneuse? où baigneuse? où maintenant? où?

Benoît DECQUE, le 26 mai 2015

En l'absence de… elle

Des maillots vides
                en l'absence de
son corps               elle
jetés la comme
chiffonnés
colorés vifs
pas laissés gentiment sur le bord du lit
ou en boule dans un sac de piscine
non,
des maillots comme ils étaient
portés
par un corps
qui n'est plus là
une lumière maintenant dedans
leur donne forme
vie intérieure

Claudine Jehlen  
d'après les maillots peints de Benoît Decque
Décembre 2014

Ligne d’eau

La ligne comme se brouille Quant aux yeux arrive une larme
Une larme comme une vague
Enfle au bord des cils
Voici la ligne qui s’agite, qui ondule
La mer intranquille
Sa lame qui avance et reflue
S’étire et s’agrandit
A marée montante l’œil
plein
d’elle
Qui brouille le paysage
L’image se trouble et le maillot
gribouillé d’encres a les couleurs
qui bavent
A marée basse elle s’échappe
se laisse rouler le long des joues
Et la ligne revient, l’horizon bien net
le ciel à nouveau clair, les ombres franches
la lumière du midi

Claudine Jehlen, le 26 mai 2015
Série « Les baigneuses absentes » de Benoît Decque - acrylique sur papier, 2015

Où l’on doit s’intéresser aux parties du corps que ne dérobe pas le maillot de bain…

Où l’on doit s’intéresser aux parties du corps que ne dérobe pas le maillot de bain, et commandent le soin de l’onction  de l’huile qui coule sur lui comme glisse le temps des horloges molles de Salvador Dali. Un genre d’ode à l’huile solaire !
 L’été est intolérable, il ouvre sur l’abîme, il promet des lointains et des ailleurs quand je préfère l’ « ici » le plus beau des palindromes qui soit. Comment aller dans l’été si souvent désiré et nommé que je ne peux pas  y voir plus de réalité que dans une  légende !
Je veux être, pour un mois, mon propre régisseur et imaginer ma vie comme mon spectacle, quand délivré du labeur, je vais prendre le temps de penser à moi et de jouer, en acteur-titre, les scènes d’un acte majeur. Enfin, ne plus être surmené et cingler vers la liberté, quand ironie du paradoxe, mon propre temps a changé de valeur, et soudain il m’apparaît morne, insensé parce que j’en dispose ! Pour ma sérénité, voilà que je n’aspire plus qu’au retour rapide de ce temps mesuré, contraint, ce temps de la société du spectacle et du travail où je ne monte même pas sur la scène.
L’été. O saison dangereuse toute auréolée de ton prestige de temps qu’il fait plus que de temps qui passe, prodigue en tes cadeaux et tes promesses de l’espoir de me faire comprendre une attente, une attente semblable à celle de millions de migrateurs qui n’est que le miroir de la mienne. 
Un prurit migratoire déchire ma peau qui appelle le soleil pour la         tanner comme celle d’un païen taraudé  par une espèce de plaisir sauvage qui serait indemne de tout christianisme.
Je veux être oint de cette huile qui déperlera sur mon front puis versera des deux bords sur mon torse et mon dos, en vaguelettes lourdes.
Ah ! Ma peau, quand l’âge me devient un préjudice, moi, qui traîne tant d’années prises au temps comme un douloureux cortège ! Pourtant, je crois avancer vers ma destinée et je me fane sur mes épreuves et mes échecs. Je suis de la cohorte de ceux qui ont parfois le souci de leur bonheur plus que les qualités pour le faire.
Je veux cette huile de vacance qui suintera en filets ténus dans les rouages du temps objectif qui entraîne dans ses cardans mon temps conscient, bien piètre psychologie !
Cela me préserve de la fureur du ressentiment et de la blessure qui s’ouvre comme une brèche face au temps qui passe, entre ce que j’aurais voulu de l’été et ce qu’il m’a octroyé. Mon élan initial est rapidement doublé d’une lassitude douloureuse, profonde, irrémédiable, qui mange la lueur résiduelle dans mon regard éloigné.  L’été s’achève et me laisse avec mes fantômes d’épouvante qui m’encerclent à la fin de l’aventure.
Vanité du temps cyclique qu’aucune burette d’aucune huile ne viendra adoucir ! Rien qui jouera le grain de sable dans la fuite éperdue des jours. Tiens ! Un peu de la plage est resté collé au col du flacon d’huile que je range à l’automne venue. Voilà que j’apprends à regretter, voici que vient la nostalgie qui voit grossir  le chagrin comme un fleuve en crue.
Le temps qu’il a fait a laissé le temps qui a passé et emporté ma jeunesse et quelqu’un de mes proches ; me restera le souvenir de toute la jalousie nécessaire qu’il nous fallut au partage secret d’une tendresse qui nous a comblés et tracée comme un sillon dans l’histoire.

Gérard Chabane, le 26 mai 2015

 

Les maillots‏

Un mur de maillots de bain ,tous vides,vides de corps . Et pourtant,comme en lévitation, ils vibrent de chair et de souffle.
Juste à l'instant ,on les a quittés .Encore tout frémissants de cette absence ils compensent les postures par des éclats de couleurs.
J'hésite ...Dans quel maillot vais-je me couler ?
Le sulfureux ? Le sage ? L'exotique ?
Enfin des maillots pour mon popotin rebondi  . Et puis regardez ! des baleines,d'un autre temps ,fastueuses et généreuses !
Le maillot parme, reflets roses , pour attirer les méduses et me laisser médusée.
Le vert à spirales , tourbillon d'eau pour m'aspirer .
Le violet sombre pour les nuits paquebot .
Pas que belle cette journée toutes voiles dehors ... Elle tenait le mât d'une main ,genre pin up des années 50 ,un pied légèrement pointé ,l'autre main sur une hanche veloutée ;
Un léger coup de vent et le maillot couleur écume flotta encore quelques instants vide du corps de la femme .
Puis plus rien : le châtiment de la nuit des méduses.

Marie-Rose Metz, le 26 mai 2015

Conversation entre maillots‏

Quatre maillots sur un mur blanc discutaient de leurs souvenirs. De leurs plongées, de leurs envols, de leur repos sur les draps de bain. Les maillots comparaient le chant de leurs couleurs, le galbe de leurs formes, l’échancrure de leurs décolletés.
Le premier était fier de son teint d’arc-en-ciel : en lui se conjuguaient le vert de l’océan, le rouge du désir, le doré du soleil. Il avait traversé des plages de lumière et dansait l’infini.
Le second, plus timide, osait à peine sourire. Dans ses teintes pastel, on pouvait voir un sein tendu vers l’inconnu, un sein plein de tendresse et prompt à se cacher.
Le troisième maillot n’avait pas su choisir. Entre le rouge et vert, il hésitait encore. Mais on le sentait prêt à partir en haute mer.
Le quatrième, enfin, s’était blotti dans l’ombre. Ses couleurs bien plus sombres l’isolaient de ses frères. Le violet dominait et l’on voyait le noir qui s’infiltrait en lui. Mais le maillot savait comment vaincre la nuit. Il avait adopté une touche de turquoise et l’on n’entendait plus, en s’approchant de lui, que le chant de la mer et l’appel de l’ailleurs.

Francine Weill, le 26 mai 2015

lundi 5 janvier 2015

Chocolat…




Atelier du 25/11/2014 sur le thème du chocolat
Acrostiche à partir du mot "chocolat"
Convoité, désiré, savouré

Hôte des palais raffinés

Ou réconfort des sensibilités

Croquant et cachotier

Oh ... comme je sais masquer

Le sucré sous les fragrances épicées

Amer, on me croque avec volupté

Touchez ... et je vous ai capturé.

mercredi 16 avril 2014


Les bateaux de Benoit

La mer, tu fus une eau cruelle qui engloutit dans tes abysses tous les vaisseaux partis pour des courses lointaines. Enseignes du Pount, peuples hardis de la mer, Vikings blonds aux cris rageurs, Ulysse ou Enée en mal de terre de retour ou d’élection, caravelles avides d’Eldorado, fiers paquebots transatlantiques, croiseurs ou destroyers, vous partîtes par le fond dans des gouffres amers. Ce soir, 15 avril 2014 à 19h30 en l’atelier de Benoit, est jour de Jugement dernier. Tous les bateaux baptisés ou non font retour de l’enfer liquide où nous les croyions abîmés à tout jamais, qui des Bermudes effrayantes, qui de Charybde et Scylla, qui des caps rugissants, ils cinglent vers nous en un ahurissant et lugubre cortège. Silhouettes métaphoriques de bâtiments sans nom, nous ne savons si une mer conceptuelle vous porte tous indifféremment comme une vague, bouchons captifs ou vaisseaux fendant l’étrave vers le port du dernier jugement sans appel. Quatre murs de l’atelier suffisent à peine pour vous contenir tous qui faites route vers notre présent avec vos fantômes à la proue sur une mer d’huile. Vous nous revenez de mémoire en frémissants à-plats de noir et de rouge crus dans d’effarantes vibrations bleue nuit, ocre et grisâtre. Cotres ou nefs d’aventure  de fort ou de moyen tirant d’eau, votre ligne de flottaison blême ne sait plus départir de ce qui est votre image liquide ou votre structure réelle. Nous vous attendions de toute éternité, et vous semblerez accoster à notre continent des certitudes de surface, nous sommes là avec nos corps et nos affects ! Nous aurons ainsi aux lèvres la question « Où allez-vous? »,  plutôt que « D’où venez-vous? » Mais en ces terres nouvelles, nous ne formulerons pas les « Cela va sans dire !»

lundi 27 janvier 2014

Le mot

D’ordinaire, il dort bien. Au lever, il se sent l’énergie d’un prédicateur, engloutit un vrai repas et quitte sa villa en sifflotant pour rejoindre les salles de classe toutes proches où il donnera son cours. Mais cette nuit-là fait exception. Pour quelle raison ne peut-il pas fermer l’œil ? Il ne saurait le dire. Au début, il reste longtemps allongé sur le dos, les yeux clos. Il pense à des choses ordinaires. Les courses à ne pas oublier quand il ira à la ville le mercredi suivant. Son projet de week-end sur l’île. Un pêcheur du village l’amènera dans sa pirogue à moteur, lui et ses deux collègues. Une heure de trajet, tout au plus. Ne pas oublier un vêtement de pluie pour le retour. On avance contre les courants et la pirogue frappe chaque grosse vague. Les passagers sont aspergés. Le prochain chapitre du cours qu’il faudra préparer bientôt. Et pour la pratique, vérifier les appareils de mesure. Les systèmes optiques sont sensibles à l’humidité constante. Puis il se tourne sur le côté et reprend ses réflexions. Les minutes s’accumulent, deviennent des heures. Il se lève, prend une infusion, en vain. Plus tard, il ouvre un roman qu’il a acheté la semaine précédente. Mais rien ne peut l’aider. Au petit matin il sombre enfin, juste à l’instant où le réveil sonne. Accablé, il peine à se lever. La douche ne le ranime pas vraiment et il ne peut rien avaler, hébété de fatigue devant la table garnie. Il quitte la maison dans le magnifique soleil levant. Il marche comme derrière un corbillard.

Il n’a aujourd’hui aucun souvenir de cette matinée de travaux pratiques qu’il donne en forêt à un groupe d’étudiants qui a la décence de ne rien remarquer et de suivre les instructions distribuées sans poser de questions. Il rentre vers treize heures, avale rapidement la moitié d’une boîte de cassoulet froid puis se dirige vers la chambre. C’est enfin le moment auquel il aspire depuis des heures. Il se laisse engloutir dans une sieste lourde, sans fond, de laquelle rien ne semble pouvoir le sortir jusqu’au crépuscule.

Il n’est pas endormi depuis dix minutes qu’un bourdonnement continu et puissant vient le sortir de l’espèce de coma dans lequel il est plongé. Un peu de temps lui est nécessaire pour se trouver à nouveau de plain pied avec la réalité. C’est un bruit maintenant assourdissant qui semble aller et venir autour de la maison. Avec difficultés, il se lève et s’approche de la fenêtre. Ses yeux s’écarquillent. En ce début d’après-midi, un agent du campus a décidé de tondre la pelouse de la concession où il vit. Cette tranche horaire est pourtant exclue par le règlement intérieur. En outre, alors que progressivement ses pensées retrouvent leur fluidité, il lui devient évident que la tondeuse utilisée est la plus bruyante du parc de maintenance et qu’elle a été choisie délibérément.

Il fulmine. Le volcan assoupi en lui depuis des années gonfle soudain, se fissure puis, sous la pression cataclysmique du magma, vient d’exploser. Bouillie rougeoyante expulsée à des vitesses inouïes, la lave retombe bientôt en nuées ardentes qui dévastent tout. Des envies de meurtre l’assaillent. Il ne sait trop dire comment, la machette cachée au chevet de son lit se retrouve soudain dans sa main droite et il bondit dans le couloir, persuadé que l’inéluctable est en marche. Il jaillit dans le salon et se jette sur la porte qui le mènera dehors lorsque, inexplicablement, son esprit fébrile expulse un mot, un unique vocable de deux syllabes : Verdun. Le grand-père racontait. Le froid, la boue, la mort. L’apocalypse de fer et de feu. Les boyaux des copains, l’instant d’avant riant avec lui, plaqués sur son visage effaré. Les assauts sanglants et inutiles puis, quand tout s’apaise, les gémissements des oubliés qui agonisent. La peur, les poux, la crasse. Verdun… Ce n’est pas grave. Il tond juste la pelouse. C’est son boulot. La vie est belle.

Il sort et s’immobilise sur le palier. Le bruit est toujours là. Il gonfle ses poumons, redresse la tête, jette un regard au ciel sans défauts puis tourne les talons, pose la machette, enfile un slip de bain et s’en va à la plage. Il s’étendra une demi-heure dans une flaque qu’il connaît, à l’étale de basse mer. Peut-être même y somnolera-t-il un peu. Quand il reviendra tout sera rentré dans l’ordre.

samedi 18 janvier 2014

Boit-la-tasse recherche plus-léger-que-le-ciel

Ici il n'y a plus d'arbres. Mais pas encore de roches ni de glaces. Ici l'herbe est verte, elle est drue et elle fait le bonheur de ruminants transhumants. Ici par endroit ce vert s'entrouvre, le loess apparaît et l'eau suinte. Goutte à goutte d'abord puis perle à perle… un filet maintenant, un premier, un deuxième… Gange miniature, minuscule Euphrate: confluence, un ruisseau nait et se donne déjà des airs de fleuve amazonien. Entre deux pierres, un rétrécissement et tout s'accélère… un nouvel affluent et c'est l'excitation, le courant dans un sens, l'agitation est en majeur, un contre-courant, le tempo est à la turbulence… la pente se durcit, la terre se creuse, remous et son contraire, l'eau est prise au piège. Colère de celle qui tente une échappée, un touffe d'herbe cède, une motte d'argile se dissout, un caillou vacille… on croirait la tempête. De l'eau, de la boue et de pierrailles et dans cette tourmente minuscule, un galet. Blanc et pas plus grand que le creux d'une main d'enfant, un galet racle-le-fond, un galet où-est-la-surface, un galet au-secours-je-me-noie. - Au secours! - Un mot! - Un mot vite! - Mais lancez-moi un mot! - Un de ceux auquel je puisse me raccrocher, léger! flottant! aérien! - Plume? Pas assez fort! - Bulle? Bien trop fragile! - Un peu d'écume? Mais non, un mot, un de ceux qui me tiendrait là-haut, un mot qui vivrait dans le bleu du ciel, un mot juste sous le soleil… - Nuage? - Oui, nuage! Merci pour ce nuage, c'est juste ce qu'il me fallait! - Oui mais voilà… comment s'y prendre… quand on est un galet… comment s'y prendre depuis le fond de son torrent, comment s'y prendre quand on est un boit-la-tasse pour se laisser porter par un plus-léger-que-le-ciel?

Benoît DECQUE, le 14 janvier 2014

Merci à Juliette Gréco pour son "petit poisson, petit oiseau".

mercredi 15 janvier 2014

Procrastiner…

Procrastiner*: Rite en vogue chez les adorateurs de St Procraste, consistant à prédire l'avenir après coup. Exemple: les Procrastinateurs avaient prévu la chute des Twin towers le 12 septembre 2001.

De tous temps, sur toutes les places, dans tous les pays, les prédicateurs ont attiré les foules. Qu'ils prédisent l'enfer, le déluge, les pluies de sauterelles ou la fin des ours blancs ils aimantent, ils aspirent les populaces crédules. Tous. Sauf les Procrastinateurs. Depuis leur apparition il y a quelques siècles, dès qu'un adorateur de St Procraste se présente en place publique, reconnaissable en cela qu'il tourne le dos à la foule, il n'a en général pas le temps d'énoncer ses prophéties à contre temps qu'il se fait conspuer et lyncher. C’est ainsi. Les foules applaudissent ou jettent des cailloux, c'est selon. Ainsi peu à peu les Procrastinateurs quittèrent les villes pour les campagnes, puis les villages pour les déserts. Il leur fut aisé d'y prédire qu'ils allaient y mourir de soif puisque cela était partiellement réalisé.
Alors qu'ils n'étaient plus qu'une poignée de prédicateurs desséchés, ils tombèrent un jour, au détour d'un mirage, sur une garnison du désert. Une cinquantaine de zouaves en pantalon rouge, alignés devant une rangée de tentes d'un blanc immaculé, brandissaient leurs cimeterres étincelants. Face à eux un général à cheval, hurlant et vociférant, désignait l’objet de son courroux du bout de sa cravache, à savoir un troupeau de dromadaires éparpillés dans des postures et positions indignes d’une parade militaire.
« Je rappelle que je vous ai demandé une orthodromie*, ce qui signifie « un alignement de dromadaires », le premier imbécile venu sait cela ! N’est-ce pas ? » conclut-il en se tournant vers nos malheureux Procrastinateurs qui, évidemment n’avaient pas encore prévu la question. Ceux-ci, rendus muets ne surent ni répondre, ni prévoir ce que leur réservaient ces cimeterres soudain tendus dans leur direction.
C’est ainsi que disparut définitivement l’ordre des Procrastinateurs.
Christine

lundi 13 janvier 2014

La pentière

C’est un soir de jadis ténébreux et glacé
Le brouillard est visqueux plein de clartés blafardes
Qui dessinent parfois sur les murs désolés
Des cortèges muets de gueux couverts de hardes

Sur la Butte écrasée par le poids de la nuit
On devine là-bas qui attend sous un porche
La pentière* assommée de misère et d’ennui
Rêvant de se chauffer au halo d’une torche

En ce lugubre instant son cœur se décompose
Plus la moindre lueur dans son âme affligée
Ni d’infime espérance dans son esprit morose
Et plus aucun futur dans sa vie essorée

Mais soudain ses yeux noirs s’allument d’un éclat
Et dans son corps transis un frisson brûlant passe
Car très distinctement elle reconnaît là-bas
L’espoir le renouveau la fin de ses angoisses

Elle entrevoit déjà l’aloyau rissolant
Sur le lard suintant les navets et les fèves
Et les yeux éblouis de ses quatorze enfants
Qui sourient à la vue du plus beau de leurs rêves

Car quittant l’âtre chaud où sa femme geignante
Le tance d’être encor à ses charmes rétif
Vient de surgir là-bas de la brume entêtante
Un bourgeois silencieux opulent et chétif

pentière : n.f. Désignait autrefois les prostituées exerçant dans les rues en pente. Après confesse, il alla s'ébaudir chez les pentières de Montmartre, Richepin

mercredi 8 janvier 2014

L'émondeur

Monsieur est émondeur. Il se plait à le faire savoir. Il aime son métier. Le contact avec son public, il se dit physionomiste et il l’est. Un visage, une allure, une stature… juste quelques petites secondes et celui-là et celle-là et celui-là encore, aucuns ne seront plus jamais des inconnus pour lui. Monsieur tient sa porte comme il tiendrait l’entrée du paradis. Derrière sa porte, c’est « Le Paradis » : grande salle de danse, parquets et bois massifs, miroirs et vernis. Banquettes tout autour, cuirs rouges et barres de cuivres lustrées. Le cristal, lui, il s’impose dans les immenses suspensions qui semblent comme en lévitation dans la couleur ciel-nuage-et-putti du grand plafond à caissons. Monsieur est émondeur, de son œil, de sa main il accueille les arrivants en même temps qu’il leur tient sa porte. De la même main et du même œil il refoule ceux ou celles qui n’ont pas la tenue correcte exigée - c’est écrit - ceux ou celles qui sont déjà éméchés - c’est lui qui apprécie, Monsieur est émondeur. En fin de soirée Monsieur est attentif à son public, l’heure avance, l’aube pointe, il va falloir qu’il commence à émonder la piste de danse, il est persuasif, il fait autorité, naturellement. Un couple, un autre, les derniers et puis ça y est « Le Paradis » est émondé ! Monsieur est fier de son travail, sans heurt, jamais un mot plus haut que l’autre, Monsieur aime son métier, il aime son titre : émondeur - vient de émonder (v.t.) étymologiquement, é du grec: hors de, ôter -  é-monder: ôter le monde, par extension faire sortir le monde, la foule (d’une salle) - Monsieur est fier de son titre, de son qualificatif, il sait que dans d’autres circonstances et d’une manière bien trop populaire à son goût on aurait dit : « Videur ».

Benoît Decque, mardi 7 janvier 2014